BACK TO WORK - Chapitre 2Anna se présenta auprès de l’hôtesse d’accueil qui lui tendit un badge. « Voici Madame. Veuillez attendre l’arrivée de Marc Bergman, il viendra vous chercher pour vous faire entrer. » Un peu maladroite dans ses chaussures à talons – elle n’avait plus l’habitude d’en porter – elle trouva une banquette où s’asseoir en attendant. Puis elle se laissa absorber dans la contemplation des gens qui passent, ne sachant trop si elle avait sa place parmi eux, si elle le souhaitait vraiment. Chacun avait l’air tellement sûr de lui, extirpait un badge d’une poche, le passait devant le laser, disait bonjour à une personne qu’il reconnaissait, échangeait quelques mots. Elle avait tellement aimé ça et aujourd’hui elle se sentait étrangère, elle craignait de ne pas savoir s’adapter, de ne plus connaître les mots pour communiquer. Elle voyait des jeunes filles, habillées de façon recherchée et stylée, des hommes qui leur tourner autour, essayait de leur adresser un compliment ou un mot d’esprit pour se faire remarquer. Elle avait tellement aimé cela aussi, se sentir envisagée érotiquement, mais elle sentait qu’aujourd’hui on regarderait son alliance, ses cernes et qu’on lui demanderait comment vont les enfants, puis on ne saurait plus quoi lui dire. Elle se sentait en dehors du coup. Elle baissa les yeux dans lesquels commençaient à poindre les larmes. Marc vint la chercher, lui adressa deux trois paroles de politesse sans vraiment la considérer, puis dès l’ascenseur, il lui expliqua qu’ils avaient du boulot sur la planche car un plan social était en cours d’élaboration et que les consultants seraient les premiers virés, donc qu’il leur fallait se faire leur place au plus tôt et se rendre indispensable dans le projet. Pour l’instant ils bosseraient ensemble dans un open space avec des consultants d’autres sociétés, et bientôt un autre consultant qu’il venait de recruter les rejoindrait. Elle devrait l’aider sur ses tâches à lui puis se porter à la disposition du consultant qui allait avoir une tâche complexe de gestion transverse. Anna ne comprenait pas très bien sa fonction ; à l’époque, elle était consultante puis elle avait réussi à gagner du terrain et avait même géré une petite équipe de consultants juniors. Mais voilà qu’elle se retrouverait à devoir obéir à un petit jeune sorti d’école qui lui montrerait qu’il avait tout compris du monde. Non, elle ne devait pas se formaliser avec cela. Elle ne devait pas oublier qu’elle avait principalement accepté cette position pour se sortir de son foyer oppressant, et que quoi qu’il en soit son emploi à mi-temps ne lui permettait pas de reprendre les responsabilités qu’elle avait acquises à l’époque. Elle prit place à son nouveau bureau, un bureau déshumanisé. Elle riait à l’époque de ces secrétaires qui affichaient des photos et dessins de leurs enfants, mais aujourd’hui elle aurait bien aimé avoir leur sourire sous les yeux pour se trouver un minimum de repères dans cet espace impersonnel. Assise près du mur du fond, elle avait vu sur la totalité de l’open space, sur tous ces consultants en costume sombre qui s’affairaient sur leurs ordinateurs. Elle les détailla et se laissa à nouveau absorber par l’ambiance, les bribes de conversation. Et de façon surprenante un grand sentiment de chaleur lui parcourut le corps. La plupart étaient jeunes, 25 ans peut-être. Il y avait dans le tas deux-trois jeunes femmes aux cheveux longs et ondoyants dans leur dos. C’était donc là qu’elle allait se redéployer une vie. Oublié le sourire des enfants. Marc qui avait quitté la pièce quelques minutes plus tôt, revint affolé : « Bon, il faut qu’on assiste à une réunion de la plus haute importance. Viens, tu prendras des notes. » Les journées défilaient et apportaient un nombre éblouissant de nouvelles connaissances. Elle avait l’impression qu’elle n’y arriverait jamais. Elle avait oublié comment c’était et fut traversée par un élan de découragement. Le sentiment de ne pas être à sa place. Marc était très désorganisé et les informations qui lui parvenaient étaient complètement déconnectées les unes des autres, ça partait dans tous les sens. Alors elle prit l’habitude de noter tout ce qu’il disait dans un fichier Excel, puis de réorganiser ses pensées en les détaillant par sujets et par points d’action. Rapidement elle devint l’organisatrice de son travail. C’est que sa fonction de mère avait renforcé ses compétences organisationnelles ! Mais si elle aimait venir au boulot et sentir qu’elle était un pilier indispensable du travail de Marc, elle avait du mal à socialiser avec les autres, ne serait-ce que parce qu’elle ne travaillait qu’à mi-temps. Pourtant elle s’épanouissait de jour en jour et son comportement envers ses enfants s’en ressentait. Elle passait moins de temps avec eux, mais savourait tellement plus chacun d’entre eux. Les soirs étaient une bouffée de bonheur, le retour au foyer chaleureux, la simplicité de la relation avec les enfants enchantés de leurs journées la ravissaient et elle s’endormait souvent le sourire aux lèvres. Puis vint le jour où le nouveau consultant en question les rejoignit. Une fois passés les doutes d’être la secrétaire du petit nouveau, et voyant qu’elle devenait au contraire une valeur sûre et essentielle du travail de Marc, Anna espérait beaucoup de l’arrivée de Jonathan dans leur équipe. Marc était toujours fouillis dans ses explications et elle aimerait bien s’appuyer sur un complice quand il s’agissait de relâcher la pression. Jonathan arriva un mercredi. Il ne portait pas de costume sombre comme la plupart des consultants, mais un pantalon classe et une chemise bordeaux. Même mère et mariée, elle savait reconnaître un bel homme, et il n’y avait pas à dire, Jonathan avait un charisme indiscutable. Posé, avec constamment un sourire un peu ironique au coin des lèvres, il en imposait. Elle revit par flashs Stéphane tel qu’il lui était apparu avant même qu’ils ne sortent ensemble – comment il avait l’air classe et sexy, comment les filles bavaient devant lui, comment elle avait jubilé et s’était sentie maladroite quand il était venu lui adresser la parole. L’odeur de son parfum. La présence de son torse sous les chemises de couleur foncée. Elle avait constamment envie de s’y coller. Et puis la première fois qu’il l’avait serrée contre lui et d’un geste sûr enfoui sa langue experte entre ses lèvres tremblantes. Jonathan provoqua de grandes bouffées de nostalgie. Quand elle le voyait entrer dans le bureau, ou mordre son crayon, elle sentait son cœur battre à tout rompre. Elle vivait entre deux époques, assoiffée de revivre un passé qui n’existerait plus jamais. Mais au-delà de la ressemblance avec Stéphane, il lui fit un indéniable effet. Quelque chose qu’elle n’avait pas ressenti depuis sa rencontre avec Stéphane. Elle était irrémédiablement attirée par lui, même si elle savait qu’entre eux s’établissait une frontière infranchissable puisqu’il avait au moins 6-7 ans de moins qu’elle et qu’il avait encore toute la vie devant lui, tout son avenir à construire. Le point positif était néanmoins qu’elle prit de plus en plus de plaisir à se rendre au bureau et à observer le moindre geste du jeune homme. Cette présence lui avait remis dans la bouche un goût oublié. Celui de se sentir féminine. Elle s’habillait avec plus de goût et de patience, avait éliminé les derniers kilos accumulés par les grossesses à coup de privations. Elle prenait le temps de se maquiller, s’hydrater la peau, et s’observait dans les ascenseurs avant d’entrer dans le bureau. C’était toujours le même scénario : Jonathan qui était très travailleur et commençait tôt, levait la tête vers elle, un très rapide coup d’œil, et disait juste : Salut. Jamais un mot de plus, jamais son nom. Juste « salut ». Et pourtant elle s’accrochait à ce mot et espérait chaque jour qu’il y en aurait un de plus. « Salut Anna. » Ou bien « Comment ça va ? » Mais non, Jonathan était poli, sans plus. Ils travaillaient bien quand ils avaient à travailler ensemble, et Anna sentait parfois bouillonner en elle un feu jusqu’alors refoulé. Ces fourmillements dans le bas-ventre qui la déconcentrait et qu’il lui fallait faire taire. Mais elle ne pouvait le nier, l’arrivée de Jonathan avait bel et bien éveillés sa libido.
Article ajouté le 2007-12-08 , consulté 37 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Sensualitté-rature "Retour aux articles |
Espace de gestion
Créer un blog gratuit avec Blog4ever - Discuter |